jeudi 6 mars 2008

Quand on est au Français

Une paire de ciseaux de 30 centimètres. La lame. De 30 centimètres. Un atelier calme, des abeilles au travail. Des costumes qui se montent dans les combles d'une des institutions françaises les plus connues.

Vous êtes à la Comédie Française. Un peu le Saint des Saints des costumières. Pas de toutes. Mais un passe royal. Une valeur sûre. Incontestablement.

Peut-être un des derniers endroits où la tradition du costume, du tailleur, est respectée. Parce que les gens prennent le temps de travailler. De faire des points à la main. De donner du rond. De faire des points de chausson, du glaçage, des crochets... Tout un vocabulaire qui ne parle pas au commun des mortels et j'en suis désolée! Car travailler à l'atelier tailleur de la Comédie Française, c'est apprendre l'amour des belles matières, d'un point main qui ne se voit pas sur l'endroit du tissu alors que, malgré tout, vous avez passé un fil dans le dit tissu. C'est aimer soi-même voir une poitrine se former dans un devant qu'on a travaillé au fer. C'est comprendre pourquoi tout avance si lentement. C'est ne pas culpabiliser si on est soi-même très lente. Le professionnalisme finira par revenir, doucement. C'est exiger le meilleur de ses capacités, au quart de millimètre près. C'est apprendre à voir les défauts au quart de millimètre près.

C'est aussi refaire trois fois la même surpiqûre parce que la vôtre n'était pas parfaite. Pour finalement apprendre que, c'est mieux sans surpiqûre. C'est accepter sans broncher.

C'est redécouvrir le mal de doigt propre à la couture à la main. C'est vouloir retrouver la corne sur le bout de son index pour ne plus sentir la douleur de tirer sur une aiguille qui passe à travers cinq couches de tissu.

C'est réapprendre à travailler dans un atelier, avec tous les défauts que cela comporte, le commérage en étant le premier.

C'est se dire que le chemin est encore long mais qu'on est sur la bonne route.

C'est être exactement là où je voulais être, et un peu par hasard. C'est bien.

Hé non Jean-Michel, je ne fais pas de guitare...

3 commentaires:

milk a dit…

c'est beau ce post ^^

Anonyme a dit…

Ah les joies du travail en équipe...
Alain Cavalier a fait de très beaux portraits de femmes au travail (que des travails artisanaux manuels comme couturière, matelassière et des métiers moins répandus). Ca s'appelle "24 portraits", peut-être connais-tu ?
En tout cas, bon courage et ne te pique pas trop !

djelly

Banancosmic a dit…

milk > merci beaucoup ^^

djelly > je ne connais pas, il faudrait que je trouve ça... en tout cas merci à toi aussi :)